David Stein

David Stein, homme aux mille noms et au coup de pinceau sans pareil, a fait vibrer les États-Unis, la France et même le Canada, au moyen de faux contemporains presque parfaits.

David Stein

Nombre de faussaires sont également des personnalités du monde de l’art contemporain : c’est entre autres le cas de David Stein. Bien qu’il ait été condamné à plusieurs années de prison pour avoir peint et mis en marché des faux tableaux, Stein a fasciné le monde par sa personnalité excentrique et son activité hors du commun, menée pratiquement au grand jour.

Au cours de sa carrière, le faussaire a eu recours à au moins une quinzaine de pseudonymes, dont le plus connu est le nom usuel sous lequel on le connaît : David Stein. C’est pourtant sous le nom d’Henri Abel Abraham Haddad que naît le faussaire, en 1935, à Colombes (France). Aussitôt qu’il commence à s’intéresser à la contrefaçon d’œuvres d’art, il déménage aux États-Unis, où son commerce fluctue : sur le continent américain, les œuvres d’art se vendent plus cher, et les bas prix de Stein attirent les foules.

Contrairement à beaucoup d’autres ayant choisi la contrefaçon d’œuvres d’art, David Stein est versé dans la veine contemporaine de la chose : il copie Henri Matisse, Paul Klee, Georges Braque, Andy Warhol et Marc Chagall, tous des artistes vivant à peu près à son époque. C’est d’ailleurs ce qui le trahit : en 1966, Marc Chagall, en visite New York pour installer ses œuvres à l’Opéra Metropolitan, aperçoit des œuvres dans une galerie signées par lui qu’il n’a jamais vues auparavant. L’artiste déclare les faux aux autorités, et un mandat d’arrestation est issu pour David Stein.

Refusant de se laisser arrêter, Stein fuit en Californie. Durant un an, le chef de police Joseph Stone est à sa poursuite, et finit par l’arrêter. Stein est condamné à 4 ans de prison, durant lesquels il noue un étrange lien avec le policier Stone, qui est fasciné par ses talents et lui demande de peindre pour lui. Au milieu de sa peine, Stein est expulsé en France.

Il ne revient à New-York qu’en 1972, où Joseph Stone l’aide à se réintégrer à la société. Il demeure dans la grosse pomme 15 ans, avant d’être à nouveau expulsé, en 1987. David Stein trouve alors refuge au Canada, à Montréal, où il participe à des tournages de films et peint à nouveau, dans le cadre de ces films—cette fois-ci des toiles dans le style de Degas et de Modigliani.

On pourrait ici se méprendre et croire que Stein a renoncé à l’activité criminelle, mais on serait dans le tort : de 1982 jusqu’au début des années 1990, il verse ses confidences à Stéphane Korb, photographe et journaliste français. Il lui confie entre autres le secret de quatre faux Warhol, des peintures à l’effigie de Superman, signées Andy Warhol 1960, vendues en 1985 à de riches collectionneurs et exposés au MoMA de New-York à la mort d’Andy Warhol lui-même, en 1989. Durant cette rétrospective, deux visiteurs, amateurs d’art et de bandes dessinées, mettent à jour la toute dernière œuvre de David Stein. Accablé par le scandale, il est à nouveau obligé de fuir, cette fois en France, où il meurt, en 1999, d’un cancer de l’estomac.

De son vivant, Stein a pris part à la production de plusieurs documentaires sur sa carrière de malfrat et est également paru sur des plateaux d’entrevues télévisées. Bien qu’il ait vécu dans l’illégalité, son activité originale et vécue au vu et au su de pratiquement tous a éveillé l’imaginaire et fasciné les gens.