Han Van Meegeren

Condamné comme faussaire, mais ensuite élevé au rang de héros national, Han van Meegeren a vendu la majorité de ses faux durant la 2e Guerre mondial pour sauvegarder l’art national hollandais.

Han Van Meegeren

Né en 1889 au Pays-Bas, Han Van Meegeren est l’un des faussaires les plus connus du XXe siècle.

Dès l’enfance, van Meegeren présente un grand enthousiasme quant à la peinture. Cette passion, pour laquelle il possède pourtant des qualités notables, n’est cependant pas partagée par son père, qui l’oblige à prendre des cours d’architecture à une école renommée de Delft. Ne présentant aucun intérêt pour ces études, van Meegeren débute une carrière en peinture, d’abord moderne, puis s’inspirant des peintres de l’Âge d’or des Pays-Bas. Son travail n’est pas bien reçu par la critique, qui le jugent recyclé et déjà-vu.

Par vengeance envers ces critiques qui le traitent d’imitateur, van Meegeren décide de se faire faussaire. Pendant six ans, il assimile les techniques, styles et couleurs de peintres connus, se plongeant même dans leur biographie pour connaître les outils et recettes de peinture utilisés dans la confection des plus grands chef d’œuvres. Ses reproductions sont si bien exécutées que même les meilleurs critiques d’art ne peuvent faire la différence entre les faux et les originaux. Parmi les premiers faux de van Meegeren, on en compte des peintres Frans Hals, Pieter de Hooch et Gerard ter Borch, trois artistes de l’Âge d’or de la peinture néerlandaise, période que le faussaire affectionne particulièrement.

Parmi ses premiers faux, van Meegeren en produit également deux inspirés de Johannes Vermeer : Femme lisant de la musique (1934), et Femme jouant de la musique (1935-36). Van Meegeren développe un attachement particulier à l’œuvre de Vermeer, un peintre assez mal connu à l’époque, dont les toiles commencent tout juste à intéresser les critiques. Le faux le plus célèbre de van Meegeren, Les Disciples d’Emmaüs (1936-37), trompe tous les experts d’art de l’époque, dont Abraham Bredius, célèbre connaisseur de Vermeer.

Durant la Seconde Guerre mondiale, la carrière de van Meegeren connaît son apogée : ses œuvres sont exposées dans les plus grands musées d’Europe. Le règne nazi simplifie la vente de faux : les riches collectionneurs néerlandais remplacent leurs collections entières par des tableaux de faussaires pour empêcher que l’armée allemande ne détruise les œuvres d’art de leur pays. L’un des faux Vermeer de van Meegeren, Le Christ et la parabole de la femme adultère (1941-42) se retrouve entre les mains d’Herman Göring, homme politique et figure militaire importante de l’armée allemande.

Après la guerre, van Meegeren est arrêté et emprisonné par les autorités néerlandaises, pour avoir collaboré avec les occupants allemands et vendu d’authentiques œuvres d’art néerlandaises à l’ennemi. Devant ces accusations, van Meegeren préfère se déclarer comme faussaire, et produit devant la cour, pour soutenir ce plaidoyer, le dernier de ses faux Vermeer, Le Christ au temple (1945). Han van Meegeren est condamné, mais seulement à la peine minimale — il n’ira jamais en prison, puisqu’il subit une crise cardiaque le 26 novembre 1947, dernière journée pour faire appel à la décision de la justice, et meurt le 30 décembre suivant.

Aujourd’hui célébré internationalement comme l’escroc talentueux ayant déjoué les experts d’art nazis, et également comme peintre de TALENT, van Meegeren a marqué, par ses faux parfaits, l’histoire de l’art toute entière. En 1951, l’expert d’art Jean Decoen réfute les conclusions quant à La Dernière Cène et Les Disciples d’Emmaüs, attribués à van Meegeren, et affirme que ce sont d’authentiques Vermeer. Bien que cette attribution ait été réfutée par la suite, elle ne fait que confirmer le génie de van Meegeren qui, même après sa mort, continue de tromper l’œil du plus attentif des experts.