Techniques de falsification d’œuvres d’art

Comment les faussaires s’y prennent-ils pour reproduire presque parfaitement des œuvres d’art ? Voici un résumé des techniques les plus courantes utilisées dans le monde de la contrefaçon artistique.

Techniques

Comment faire croire qu’une œuvre d’art falsifiée est authentique ? Le défi est de taille, surtout que la majorité des faussaires — à l’instar d’Han van Meegeren, qui, au 20e siècle, désirait créer des faux Vermeer parfaits, que les experts devaient identifier comme datant du 16e siècle — cherchent à reproduire sans la moindre erreur technique des œuvres conçues plusieurs siècles avant leur époque.

Pour troubler les experts, qui regroupent autant de critiques d’art que de chimistes, les faussaires qui n’y connaissent rien altèrent volontairement leurs toiles : ils les rapiècent, les boursoufflent et les craquèlent, pour donner un effet ancien au canevas. Ces procédés, cependant, sont rapidement détectés par une analyse chimique des matériaux.

Les plus grands faussaires ont recours à des méthodes autrement plus complexes, qui demandent une patience, une expertise et des ressources bien au-delà des quelques illusions d’optique nommées ci-haut. Han van Meegeren, par exemple, s’est appliqué pendant dix ans à apprendre le coup de pinceau et même les recettes de couleur des artistes de l’Âge d’or de la peinture hollandaise, se plongeant également dans leur biographie afin de vivre le même processus créatif qui avait inspiré ceux qu’il désirait copier. Ainsi, il est parvenu à faire mentir plusieurs critiques d’art de l’époque, qui s’émerveillaient devant tous les « authentiques Vermeer » que van Meegeren avait créé.

Plusieurs faussaires sont également passés maîtres dans la création d’inscriptions imaginaires, apposant au dos de leurs toiles des pedigrees facétieux, montés de toute pièce, indiquant que l’œuvre avait appartenu à telle ou telle galerie de grand nom, à une exposition fameuse, à un mécène célèbre… L’apogée de cette branche de la falsification est l’altération de la signature. En peinture, les faussaires grattent, recouvrent ou modifient la signature d’un artiste pour attribuer sa toile à un autre, plus en vogue. En sculpture, Guy Hain s’était procuré le moule de la signature du fondeur officiel de Rodin, et l’appliquait à tous les faux qu’il produisait. Aujourd’hui, la signature de l’artiste, qui, à la Renaissance, lui conférait tout son statut, n’est plus garantie d’authenticité. Pour être certain que l’on n’a pas affaire à un faux, en peinture, il faut examiner l’uniformité des craquelures formées par la peinture et le vernis et s’assurer que celles de l’ensemble du tableau concordent avec celles de la région de la signature. Une radiographie d’un tableau peut également indiquer si une signature plus ancienne se cache sous d’autres couches de peinture.

Pour faire croître leurs profits, plusieurs faussaires ont morcelé des grandes toiles pour en faire une collection de petites œuvres. D’autres, plus talentueux, ont imité le style d’artistes tels que Cézanne ou Manet, pour compléter des tableaux inachevés que les artistes laissaient derrière eux.

De nos jours, l’avènement de la technologie et des logiciels d’altération d’images rend le travail des faussaires encore plus aisé : bien qu’il ne les avance pas dans la falsification d’œuvres anciennes, il leur permet de se procurer, de modifier et de s’approprier, sans trop d’embûches, une œuvre visuelle, musicale ou littéraire. Bien que les législations en matière de droits d’auteurs tentent de s’adapter du mieux qu’elles le peuvent, il leur reste un long chemin à faire afin de protéger adéquatement la propriété intellectuelle des artistes qui exposent leurs œuvres en ligne : les faussaires, à qui Internet garantit un anonymat sans précédent, sont difficiles à retracer, et comme toujours, en art, la question se pose — où s’arrête l’imitation, issue d’une admiration naïve et sans intentions mesquines, et où commence le plagiat ?