Wolfgang Beltracchi

Faussaire notoire et prolifique, Beltracchi, en compagnie de sa femme, a produit au-dessus de 300 faux, autrefois exposés dans des musées de renom, dont le MoMA de New-York.

Wolfgang Beltracchi

Capable, dès l’âge de 14 ans, d’imiter Picasso à la perfection, Wolfgang Beltracchi a trompé les plus grands experts d’œuvres d’art pendant des années. Les fruits de sa fraude leur ont rapporté, à sa femme, ses deux acolytes et lui, plusieurs millions de dollars, en l’espace de quatre décennies. En se procurant du matériel d’époque (canevas et matériaux âgés dans ses mélanges de peinture) et en développant une technique infaillible de falsification d’étiquettes faisant référence à des collections et expositions célèbres, Beltracchi a réussi à s’enrichir et à flouer le public, jusqu’en août 2010, où ses complices et lui sont arrêtés, et sa collection, saisie.

Wolfgang Beltracchi, né Fischer, nait en 1951, en Allemagne. Son père restaure des œuvres d’art et des murales : il grandit donc dans un monde où s’approprier le style et les techniques d’artistes de renom est chose ordinaire. Lorsqu’il a 17 ans, il est expulsé de l’école ordinaire, et s’inscrit donc à l’école d’art. Beltracchi clâme avoir consommé une somme plus que raisonnable de drogues hallucinogènes durant son adolescence, et s’être déjà employé à l’époque à produire des faux. En 1992, il rencontre Hélène Beltracchi, et prend son patronyme en 1993, suite à leur mariage.

Parmi les artistes qu’il aimait le mieux imiter, on compte Max Ernst, Georges Braque et Fernand Léger, ainsi que plusieurs autres surréalistes et expressionnistes ayant connu leur succès au 20e siècle. Pendant plus d’une décennie, des experts d’art, des galéristes et collectionneurs s’émerveillaient de voir apparaître de nouveaux chefs d’œuvres, alors qu’ils ne faisaient, en réalité, que se procurer les tableaux de Beltracchi. Ses œuvres ont été exposées dans des musées de renom, dont, par exemple, le Metropolitan Museum of art de New-York.

Alors que la plupart des faussaires préfèrent vivre dans l’ombre et vendre leurs œuvres sur le marché noir, la femme de Beltracchi, Hélène, invente de toutes pièces un mensonge qui permet au couple de vendre les faux au grand jour : elle clâme que son grand-père, Werner Jägers, lui aurait laissé un héritage comprenant une large sélection de tableaux inconnus des artistes du 20e siècle, car ils auraient été conservés loin des yeux du public durant la 2e Guerre mondiale. Les Beltracchi vont même jusqu’à produire une fausse photo en noir et blanc où Hélène Beltracchi joue sa grand-mère. Cette photo, apposée à l’arrière des tableaux de la collection « Werner Jägers », sert à l’authentifier.

Au début de la décennie 2000-10, des murmures commencent à circuler à propos de la collection des Beltracchi : un expert, ayant analysé les pigments utilisés pour un supposé tableau d’Heinrich Campendonk, Linear Color Composition, prouve que le tableau date de 1957, alors qu’il est signé 1920. L’erreur de Beltracchi est infime : il a utilisé le mauvais blanc de titane.

En août 2010, les Beltracchi sont traînés en cour pour la première fois, mais relâchés, suite à un manque de preuve. Quelques temps plus tard, l’expert Jamie Martin déclare que Beltracchi est l’un des faussaires les plus performants ayant jamais vécu. Lors d’un procès ultérieur, le procureur de la couronne estime à 36 le nombre de faux produits par Beltracchi, et la fortune amassée par le couple et leurs acolytes, à 46 millions de dollars. En 2011, Wolfgang Beltracchi reçoit sa sentence : six ans de prison pour contrefaçon et mise en vente d’œuvres d’art.

Beltracchi, quant à lui, estime à 300 le nombre de faux qu’il a peints. Depuis son procès, 60 autres tableaux ont été identifiés comme des faux, attribués à Beltracchi.